Comment faire pédaler un ado d’appartement ?

Si tout comme nous, vous avez un ado qui passe des heures devant l’écran de son smartphone, qui traîne des pattes pour venir manger, qui laisse ses chaussettes et ses cahiers au milieu de sa chambre et qui ne jure que par ses copains… alors cela ne va pas être simple de l’emmener en périple à vélo… Il faut même bien se l’avouer : le vrai défi est qu’il participe au voyage sans vous faire tourner en bourrique !

Comment faire pédaler son ado d'appartement... that is the question !

Eh oui, il y a quelques mois, votre « petit(e) » s’émerveillait d’un rien sur le bord de la route et pédalait sans rechi-gner derrière vous… Et aujourd’hui, alors même que vous vous félicitiez de ne plus avoir à le pousser dans les côtes… votre ado ressemble à un lémurien tellement il/elle traîne des pédales sur son vélo et semble totalement indifférent(e) à ce qui l’entoure. Quelle claque !

Au secours ! Qui a une méthode pour faire pédaler un ado d’appartement ???

Car non, vous ne voulez pas renoncer à vos périples en famille qui vous plaisent tant… mais il devient urgent de trouver quelques bons tuyaux pour éviter que votre lémurien fasse un coup d’état.

… à défaut d’une recette miracle, voici quelques pistes de réflexion d’un parent [très conscient des limites de son système pas si miracle que ça] !

Piste n°1

Lui permettre de recréer son espace à lui : son univers déjanté, son capharnaüm fétiche… bref : lui acheter une tente à lui tout seul. Moins pour lui plaire que pour préserver votre santé mentale, ou celle de ceux qui partagent sa tente.

Périple en Bavière - Août 2015

Car en bivouac, la promiscuité nécessite respect, tolérance et discipline… des notions soudainement très floues dans le cerveau en construction de votre ado, d’autant plus en vacances ! Il lui faut réellement un espace où il pourra s’isoler quand il en aura besoin et laisser exprimer tout son potentiel créatif : vêtements qui traînent, affaires en vrac. Ne pensez pas faire de cette tente un espace organisé, optimisé, rangé… ce sera le reflet de sa chambre, voire pire : c’est pour cela qu’il s’y retrouve !

« J’ai vidé mon sac au fond de la tente… ch’trouvais pas mes chaussettes… »

Avantage : C’est une manière de lui donner de l’autonomie. Il s’occupe seul de planter son campement. A lui de s’organiser. A son rythme.

Piste n°2

Lui laisser aller à son rythme, tel est l’enjeu… dans la mesure de l’acceptable bien entendu. Lui donner une heure de départ où il devra avoir plié sa tente, rangé ses affaires et chargé son vélo. Et surtout… surtout… se retenir de le secouer si 10 mn avant l’heure dite, il fait encore le « nem chinois » endormi dans son sac de couchage… il n’a pas la même notion du chrono que vous mais (souvenez-vous) un énorme potentiel créatif :

« - … où est ton sac de fringues ??

-Dans la tente, j’essaye de la replier avec mes habits à l’intérieur, c’est une technique pour gagner du temps ce soir pour l’installation !

- … »

L'ado d'appartement pédale souvent 100 mètres derrière son groupe...

Piste n°3

Puisqu’il a adopté le rythme de l’escargot, autant pousser à fond le concept : se balader avec sa maison sur le dos ; autrement dit : le laisser porter ses propres bagages sur son vélo. Il est ainsi totalement autonome et responsable de ses affaires. Si il se met à pleuvoir et qu’il cherche son Kway au fin fond de son sac, dans un endroit totalement inaccessible… alors vous pouvez espérer que son cerveau en construction intègrera l’information et qu’il pensera la prochaine fois à le ranger à portée de mains.

Bon… certains lémuriens mettent plus de temps (ou plus de rincées) que d’autres avant d’intégrer les informations…

Trouver son Kway dans son sac... l'épreuve du jour.

Piste n°4

Acceptez d’endosser des responsa-bilités qui vous dépassent.

Aux yeux de votre ado, vous êtes responsable de la météo, du mauvais emplacement du bivouac, de l’absence de frites au resto…

Accepter les imprévus, les contretemps, transformer les pépins en pépites, voilà une des notions les plus compliquées à transmettre à nos enfants. Savourer ce que l’on a, avant même d’envier ce que l’on n’a pas. Penser solution et non problème… depuis tout petit, nous essayons d’inculquer cet état d’esprit à nos enfants et le voyage à vélo est sur le sujet un terrain d’expériences inépuisable. Je suis certaine que plus tard, ce mode de pensée sera leur. En attendant, armons-nous de patience : le cerveau en construction de votre adolescent peut osciller entre mauvaise foi et amnésie sans aucune vergogne ! Donc oui, ok… idiote que je suis… pourquoi n’ai-je pas réservé du ciel bleu pour nos vacances !?! En plus y’avait des promos le mois dernier sur les rayons de soleil !!!

Piste n°5. Si vous ne devez en retenir qu’une, c’est celle-là !

L’adolescent ne connaît qu’un seul langage : celui du ventre. Oui le lémurien aussi lent soit-il, fait preuve d’une rapidité déconcertante pour avaler tout ce qui lui tombe sous la main. Car si le grand air développe l’appétit de votre adolescent… une étape à vélo lui creuse littéralement les entrailles.

C’est le seul levier dont vous disposez pour le motiver : vous pouvez le gaver avec tout ce qui se mange : sucré, salé, solide, liquide, peu importe, mais dès que vous vous arrêtez de pédaler, surtout lui donner quelque-chose sous la dent… sinon, c’est lui qui va vous gaver (grave) !

Et méfiez-vous, les ventres sur pattes réclament dès le premier coup de pédale :

8h du mat’ « Qu’est-ce qu’on mange ? »

9h « On peut s’arrêter pour manger un bout »

10h « J’prendrais bien une barre de céréales »

11h « Quand est-ce qu’on s’arrête pour casser la croûte ? »

12h « J’ai faim »

13h “Oh regarde maman, y’a un supermarché là-bas !”

… Et ainsi de suite jusqu’au soir !

N'est pas toujours ado celui qu'on croit...

Piste n°6

Voyez sa résistance comme une preuve de caractère…  ou à défaut faites du yoga !

Prenez pour acquis que vous aurez 10 000 occasions de perdre votre self-contrôle dans la journée, notamment lorsque sans raison apparente, votre ado pédalera à 2 à l’heure, 100 mètres derrière le groupe… certainement pour manifester sa résistance… et puis soudainement « à toute berzingue » en faisant le fou, histoire d’amuser la galerie !

Ou encore lorsqu’il s’oppose au groupe pour la direction à prendre, qu’il proteste contre le choix du campement… finalement, n’est-ce pas signe d’un sacré carafon ?

Maintenant, il faut bien vous l’avouer : sans notre ado d’appartement, il manquerait un je-ne-sais-quoi dans nos périples. Finalement c’est l’aventure dans l’aventure. Rien est acquis. A nous de tirer avantage de chaque situation.

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