Autriche, le Danube

Itinéraire - été 2010

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Connaissez-vous l’Autriche ?

L’Autriche est calée contre les Alpes entourée de pas moins de 8 pays… de taille et de culture hétérogènes : Le Liechtenstein et la Suisse sur son flanc gauche, l’Italie et la Slovénie au Sud, et d’autres voisins au Nord et à l’Est comme la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie sans oublier bien évidemment la grande sœur Allemande. L’Autriche possède en fait deux visages bien différents : l’un Danubien, forgé par ce puissant fleuve qui traverse le pays d’Ouest en Est… et l’autre Alpin avec ses lacs et ses sommets, plus proche des paysages suisses ou bavarois.

Le pays, vu de notre vélo.

L’Autriche est un mélange d’Allemagne et de Suisse, avec ses clochers en forme de poivrière, ses volutes, son style baroque, ses stucs, ses trompe-l’oeil, ses montagnes et ses façades peintes. Mais avec ce petit plus de byzantin dans l’architecture, héritée de ses proches voisins de l’Est… Hongrie, Roumanie, Bulgarie : les verts émeraudes, les dorures, les dômes bien dodus…

Nous avons choisi de pédaler sur la partie autrichienne de le mythique itinéraire « euro vélo n°6 », celui-là même qui part de Nantes en France jusqu’à la mer Noire… C’est sans conteste le périple idéal avec des enfants qui démarrent à vélo. La piste cyclable large et goudronnée suit le chemin de halage tout le long du Danube et nous a fait découvrir l’Autriche jusqu’aux portes de Vienne. Aucun dénivelé, l’itinéraire est plat, propice aux pauses le long du fleuve, au détour d’une abbaye ou d’un méandre pour admirer les nombreux bateaux de croisière ou péniches. Cela a été aussi une formidable leçon de géographie pour les garçons qui ont suivi ce fleuve impétueux, imposant, observé comment il a façonné le paysage, les infrastructures et influencé le développement économique de certaines zones.

Au fur et à mesure qu’on pédale, on découvre sur les flancs du Danube des forêts humides de feuillus vert sombre, des vignes en terrasse vert tendre ou des plaines maraîchères qui s’étirent. Le parcours est parsemé de châteaux -jadis forts- dressés sur leur éperon rocheux, de Gasthof (auberges), d’abbayes baroques, de biergarten et d’églises à bulbes. Vous serez rarement seuls sur le parcours tant il est fréquenté par les cyclo-voyageurs venus de toute l’Europe. Aux abords de villes comme Linz, gare à l’affluence sur les pistes cyclables le week-end : les Autrichiens ont l’habitude de chausser leurs rollers, leur vélo ou leurs baskets le long du Danube !

L’avantage de pédaler sur l’ « euro vélo n°6 » est la simplicité d’orientation… C’est tout droit le long du fleuve, il est impossible de se tromper ;-) Mais le must c’est surtout les équipements développés pour les cyclistes : campings, restaurations présents le long de la piste cyclable, nombreuses gares de train et possibilité de faire des portions en bateaux de croisière en embarquant son vélo.

L’Autriche du Sud, celle de Mozart et de Von Karayan vaut également le détour : Différente, avec ses montagnes escarpées, ses lacs romantiques aux eaux profondes, ses verts pâturages et ses chalets en bois, c’est une Autriche plus guindée, plus touristique… qui ressemble à la Bavière toute proche, dont les deux destins ont souvent été liés. Moins développée côté infrastructure cyclable, elle est aussi plus pentue. Avis aux adeptes des pignons !

Ce qu’on a voulu retenir…

> Les pistes cyclables autrichiennes sont continues. Elles s’adaptent aux ponts, aux autoroutes, aux obstacles de la ville : Le réseau cyclable qui mène à Vienne est très développé, sécurisant avec des carrioles. Il suit le chemin de halage le long du Danube, mais un effort particulier a été mené par les Autrichiens pour en assurer la continuité, malgré le franchissement de ponts, de nationales, voire d’autoroutes.

La piste cyclable s'enroule ingénieusement autour des piles de pont, pour une montée tout en douceur.

Dans les autres pays où nous avons pédalé (Suisse, Hollande, Danemark, Allemagne) les pistes cyclables sont souvent discontinues à l’approche des obstacles ou bénéficient d’un aménagement propre pour franchir rivière et route comme les passerelles pour les vélos. Alors qu’en Autriche, nous avons admiré l’ingéniosité dont ils ont fait preuve pour adapter la piste cyclable aux infrastructures routières existantes, en assurant une parfaite continuité dans le circuit. Nombre de fois, on a vu la piste cyclable s’enrouler en spirale autour de piles de pont pour préserver une pente douce et nous permettre de le franchir sans être gêné. En plein centre de Vienne, une piste cyclable a été rajoutée sous le tablier du pont de l’Autoroute A2, suffisamment large pour croiser piétons, rollers et vélos en sens inverse. Dans le vieux centre, sur la Ringstrasse (boulevard qui ceinture le Vienne ancien), la piste cyclable est parfaitement intégrée aux trottoirs, avec un  côté piéton et un côté deux-roues. On y trouve un code vélo bien huilé : feux rouges, cédez le passage, bifurcations, tout est fluide pour partager le boulevard avec les trams, les voitures, les piétons. Preuve que les pistes cyclables peuvent être développées même après-coup, dans des agglomérations anciennes ou le long d’un réseau déjà implanté. Une leçon !

Le Danube s'élargit du côté de Grein.

> Le Danube est un fleuve impressionnant, qui méandre étroitement à certains endroits et s’élargit en prenant ses aises à d’autres. Il charrie beaucoup de limon, ce qui lui confère une couleur moins romantique que ce que Richard Strauss a bien voulu nous faire croire :  Exit le bleu, place au marron ou au gris… Un fort courant rappelle combien ce fleuve a du caractère et peut sortir de son lit avec puissance.

Un des nombreux bacs qui transportent les cyclistes sur la rive opposée. Equipés de gros moteurs, ces bateaux empruntent parfois des passages où le courant est fort.

Les différents bacs qui emmènent les cyclistes d’une rive à l’autre sont tous équipés de moteurs puissants pour lutter contre ce fameux courant, avec difficulté à certains endroits ! Depuis 60 ans pourtant, le Danube s’est apaisé, dompté par l’homme à force d’écluses et de barrages qui ponctuent l’itinéraire vélo. Malgré tout, il nous a laissé l’impression d’être toujours maître des lieux à certains endroits : A Passau, nous avons été évacués en catastrophe d’un camping en plein mois d’août à cause de la montée conjointe des eaux de l’Ins, L’Ilz et du Danube… Plus loin, entre la ville de Grein et le barrage d’Ybbs, nous avons croisé un tractopelle qui raclait la boue sur la route comme un chasse-neige… Le limon était encore tout frais entre les arbres de la forêt. Enfin, en face de Dürnstein, lorsque vous traversez le village de Rossatz, vous avez les niveaux des différentes inondations sur les murs des maisons… Les dernières marques dataient de 1999 ou 2002 et impressionnent par leur hauteur !

> Le génie musical de Mozart. La « Mozartmania » a littéralement envahi les rues de Salzbourg ! Mozart y est omniprésent, à en avoir une overdose… Sur les boîtes de chocolat, les napperons, les drapeaux, les tee-shirts, les livres, les cartes postales, les bibelots et autres souvenirs kitsch de mauvais goût.

Le coeur de Salzbourg

Parce que Salzbourg revendique son génie alors même qu’elle lui a tourné le dos du temps de son vivant. Mozart fût adulé enfant, son génie reconnu, exhibé dans toute l’Europe jusqu’à la Haye aux Pays Bas ou Dijon en France. Faut dire… composer sa 1ère œuvre à l’âge de 6 ans et son 1er opéra à 11 ans… Cela laisse pantois ! On dit de Mozart qu’il était un virtuose au clavecin, au piano et au violon. Et pourtant, il n’eût pas une vie rêvée : criblé de dettes, grand dépensier, amoureux malheureux, ces œuvres n’ont pas connu grand succès de son vivant en Autriche. Alors que les applaudissements pleuvaient à Prague ou à Munich, Vienne et Salzbourg boudaient ce musicien hors du commun. Il tire son influence musicale de l’Italie, où il a sans conteste développé son don pour l’opéra. Il y  étudia d’ailleurs la musique au cours de nombreux séjours. Décalé, artiste libre, il avait tout du génie malheureux, celui qui rayonne une fois mort. Et il l’a été tôt,  à l’âge prématuré de 41 ans. En tous les cas, jusqu’au bout il cultive l’atypique puisqu’il repose dans une fosse commune du côté de Vienne.

> Le look « Chasse et Edelweiss » des habitants de Bad Ischl. Si vous flânez dans les rues de cette ville de villégiature surfaite et bourgeoise, vous serez étonnés de faire désordre avec un djean et un tee-shirt. Car oui, à Bad Ischl, jeunes et moins jeunes portent le costume traditionnel : corsaire en velours côtelé sur grosses chaussettes à pompons et bretelles de rigueur pour les hommes, jupe et jupons froncés à la taille sous le tablier avec chemisier brodé à manches ballons pour les femmes… Les Autrichiens du Salzkammergut portent le costume traditionnel avec fierté et transmettent ce goût pour le folklore aux jeunes générations : Nous avons croisé bon nombre de jeunes adolescents et jeunes gens qui arboraient fièrement leurs culottes en cuir ou leurs jupons.

> Comment parler de l’Autriche sans évoquer Sissi ? La vraie vie de cette impératrice est pourtant bien différente de celle interprétée à l’écran par Romy Schneider. Mariée très jeune, peu encline aux courbettes de la cour, obsédée par son poids et limite anorexique, la jeune-femme a très tôt sombré dans un état dépressif.

Le pavillon de la Gloriette - Jardins du château de Schönbrunn à Vienne.

Elle n’eût de cesse de fuir Vienne et son protocole. Son destin tourmenté est un vrai roman : Entre son père coureur de jupons invétéré et toujours par monts et par vaux, sa belle-mère de tante Sophie, omniprésente et autoritaire (surnommée le « seul homme de la famille », c’est tout dire…), sa fille aînée morte à 2 ans, son fils Rodolphe suicidaire et mort à 31 ans dans des circonstances troubles, son cousin Louis II de Bavière lui-même fragile et décédé dans des circonstances inexpliquées (voir carnets de voyage sur la Bavière)… Il n’en fallait pas plus à Elisabeth de Bavière, dite « Sissi » pour sombrer dans l’apathie et la mélancolie… Et c’est lors d’un de ces nombreux séjours à l’étranger pour se refaire une santé, qu’elle sera assassinée en 1898, au bord du Lac Léman en Suisse par un illustre inconnu rêvant de son heure de gloire ! Elle avait 61 ans. Alors oui, nous sommes vraiment loin de l’image de « Papili » et d’une « Sissi » à la moue charmeuse devant son Franz. Le portrait de l’impératrice Elisabeth est omniprésent à Vienne, alors même que les Viennois de l’époque ne l’appréciaient guère… elle avait en effet tendance à fuir la capitale et le château de Schönbrunn dès qu’elle le pouvait, préférant les autres pays à l’Autriche.

> L’Autriche et Hitler, complice ou victime ? Non loin de Linz, sur les rives du Danube, vous traversez le charmant et paisible village de Mauthausen… Un panneau à l’entrée de la ville vous indique à gauche sur les hauteurs la présence du Mémorial pour les victimes du camp de concentration. Parce que c’est pour cette page sombre de l’histoire que ce nom de village ne vous est pas inconnu. Et pédaler au cœur de l’Europe nous renvoie régulièrement à cette période, avec toute sa complexité. Une fois de plus avec l’Autriche, nous avons voulu comprendre l’Histoire : Hitler était autrichien d’origine, il a renoncé à sa nationalité plus tard pour devenir allemand. Lorsqu’il proclame le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne en 1938 (l’Anschluss) pour fonder le IIIème Reich, la réduisant ainsi en simple province et non plus en république, il ne reçoit pas réellement d’opposition… Le pays est en proie à un mouvement fasciste et antisémite depuis quelques années déjà et certains Autrichiens, fidèles au Saint Empire Romain Germanique, attendaient même depuis longtemps ce rattachement à la Bavière. Longtemps après la guerre, on reprochera à l’Autriche son amnésie sur son rôle pendant cette période ou plutôt cette innocence affichée jusque dans les années 80… remonte alors à la surface le sombre passé de ces hommes politiques autrichiens « ayant fait leur devoir » en servant dans la Wehrmacht, jusqu’à son président Kurt Waldheim. Malaise diplomatique.

Nos coups de cœur en photos

La Wachau et ses méandres, ses coteaux de vignes en terrasse qui serpentent entre les clochers et les restes de châteaux jadis forts. L’esprit de Wagner règne sur cette région à qui l’on peut attribuer autant de caractère qu’à ses musiques.
 

S’arrêter devant Dürnstein, et admirer son église bleue soulignée de blanc. Attendre le coucher du soleil pour voir sa couleur aquarelle fondre dans le bleu sombre de la nuit.
 

L’Abbaye de Melk, splendeur bénédictine logée au creux d’un méandre du Danube. Décor en point de mire pour les cyclo-voyageurs qui peuvent l’admirer au loin sur son éperon rocheux, au rythme de leur approche.
 

Monter à la Citadelle et observer les toits du vieux Salzburg, ses gros dômes en cuivre vert alignés comme des casques à pointe les uns à côté des autres… La ville pousse les collines pour se frayer une place le long de la Salzach (rivière) et accueillir la nuée de touristes qui l’envahit l’été.
 
 
Observer la citadelle de Salzbourg du ravissant jardin de Mirabell, cet alignement enchanteur de bâtiments qui donne un charme certain à la perspective.
 

Vienne la moderne et l’ancienne, une capitale agréable à parcourir à vélo, jusque dans son vieux centre historique. On remonte le temps dans les ruelles pavées en apercevant les fiacres et les cochers, on flâne dans les rues bordées de parcs verdoyants, de bâtiments en stuc blanc très bien conservés, de coupoles, d’églises en flèche, de dômes vert émeraude, on observe le ballet des vieux trams rouges avec les bus, les voitures et les vélos, on croise avec amusement les touristes, les fleurs, les statues, les fontaines… Vienne nous a charmé, résolument.
 

Le Château de Schönbrunn qui domine de son « jaune Marie-Thérèse » le parc et la ville de Vienne en arrière-plan. L’impératrice Marie-Thérèse a réalisé au 18ème siècle les principaux travaux qui donnent à ce majestueux Château son style définitif. Jusqu’au bâtiment de la Gloriette, qu’elle fera réaliser quelques années avant sa mort et qui domine magnifiquement le parc de son promontoire… Savourer un café entre deux colonnes, avec vue sur Schönbrunn vaut le coup de pédale !
 

La PraterHauptAllee. C’est 7 km de traversée dans la ville de Vienne, strictement réservée aux vélos, rollers, joggers, écuyers, flâneurs… Avec ses 200 m de large et ses grands arbres centenaires, ses parcs et ses contre-allées sur les bas-côtés, aucune chance de se gêner. Si vous parcourez la PraterHauptAllee, vous serez gagné par l’esprit sportif et champêtre qui règne en plein centre de Vienne. Et pour le bonheur des petits, vous pourrez faire une pause à la PraterFest, la fête foraine permanente de Vienne qui date de la fin du 19ème siècle, avec sa grande roue, ses carroussels, ses trains fantômes. Vous côtoierez autant de manèges en bois anciens que des plus neufs et clinquants !
 

Les lacs du Salzkammergut, leur surface lisse noire comme de l’encre bordée de pâturages, de pierriers, de forêts, de cascades, de rondins de bois.
 

Notre météo

Entre 28 et 30 °C avec un grand soleil pendant une grande partie du périple. L’été peut être chaud dans les méandres du Danube, avec des orages d’été très violents (2 nuits de suite sur Vienne qui présente une configuration géographique propice aux gros orages).

Nous avons eu quelques jours de pluie non stop en début et fin de périple. Dans ce cas là, la proximité du Danube rend les forêts deux fois plus humides avec du brouillard et des températures qui chutent vite.

Stop ou encore ?

Nous avons découvert l’Autriche après avoir parcouru la Bavière et la Suisse. Cela a sans doute joué dans notre appréciation de ce pays : certains paysages valent franchement le détour (Salzburg et sa citadelle, Vienne et son envoûtant centre-ville, la Wachau), cependant ils ne sont pas aussi nombreux que ceux des autres pays que nous avons découverts.

Néanmoins, l’euro-route vélo n°6 est un vrai coup de cœur. N’en parcourir qu’un bout est frustrant et donne envie de pédaler de bout en bout pour le plaisir de traverser l’Europe centrale… un projet qui trotte dans nos têtes. Qui sait, un périple de 3 mois à faire tranquillement en couple dans quelques décennies lorsque nous serons de jeunes retraités ?

Comment y sommes nous allés ?

En voiture. A travers l’Allemagne, jusqu’à Passau. Autoroute tout le long, l’accès est facile.

A noter : Au retour, nous sommes passés par le Tyrol, au sud de l’Autriche et les montagnes Suisses (tunnel du Gothard). Les paysages sont grandioses, les vallées escarpées. Ce n’est pas le chemin le plus court, mais le Tyrol a un charme certain.

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