Irlande, la côte Ouest

Itinéraire - été 2008

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Connaissez-vous l’Irlande ?

L’Irlande, c’est l’île la plus à l’ouest de l’Europe : 84 430 km2 posés comme un rempart face à l’océan Atlantique, regardant droit dans les yeux le continent Nord Américain et le Québec. Sur son flanc Est, elle semble vouloir se détacher de l’Angleterre sans réellement y parvenir malgré la mer et les divergences qui les séparent. La République d’Irlande occupe en effet 85% de l’île, le nord reste territoire anglais. Tout de ce pays porte en lui les traces des luttes pour son indépendance. L’Irlande, c’est seulement 4 millions d’habitants, le tiers vit à Dublin et sa banlieue, certaines régions reculées sont quasi-désertées… héritage de la grande famine de la fin du 19ème siècle : Cet épisode dramatique décima la population irlandaise et la força à émigrer aux Etats-Unis. Jamais un pays n’avait connu une telle hémorragie… Bienvenue en Irlande, le décor est planté, âmes sensibles s’abstenir !

Le pays, vu de notre vélo.

L’Irlande, c’est la nature à l’état sauvage, les côtes battues par les vents d’ouest, les moutons d’écume et ceux qui trottinent dans la lande. C’est le vent qui siffle, qui gronde, qui dicte sa loi… toujours de face ! C’est un pays dur, qui porte dans ses falaises escarpées, ses pierres calcaires, ses landes brûlées, ses tourbières la marque de ses combats. Comme si la lutte contre les éléments dans cette terre si malmenée n’était que le reflet de celle menée par les Irlandais contre les Anglais pour leur autonomie.

C’est un pays plein de contrastes, entre un Dublin à l’Est en plein essor, profitant des nouvelles technologies pour développer son économie et une campagne à l’Ouest qui vous fait faire un bond de 30 ans en arrière avec ses tracteurs des années 70, ses maisons modestes, ses jardinets abandonnés et ses magasins vieillots. C’est sur cette côte que nous avons choisi de pédaler, face au caractère impétueux de l’océan Atlantique. Nous y avons rencontré la nature irlandaise à l’état brut, sans fioriture, sauvage, prenante. Ce camaïeu de verts qui flirte avec l’océan ne pouvait pas nous laisser indifférents : Les paysages dans le brouillard, les arcs-en ciel sous la pluie au dessus de la lande, l’odeur de la terre qui ruisselle. Nos regards se sont mêlés d’histoire, de pluie, de vent, avec en toile de fond le son des violons et l’amertume de la Guinness.

S’aventurer à vélo en Irlande, c’est d’abord prévoir une bonne tenue de pluie et des habits chauds. Pas de pistes cyclables, on emprunte des petites routes campagnardes, au revêtement abîmé, qui serpente dans la lande ou le long des côtes. On y rencontre en général peu de voitures mais pour ceux qui recherchent la sécurité totale des pistes cyclables avec des carrioles ou de jeunes enfants, ce n’est pas en Irlande qu’il faut débarquer. Certaines régions sont très vallonnées et moins faciles côté itinéraires, d’autres plus escarpées (notamment dans le Kerry) vous obligeront à emprunter des cols et des routes touristiques, fréquentés l’été par de nombreux bus et voitures… pas le top.

Même à pied, on s'embourbe !

Quant aux astucieux qui auraient envie de couper par les chemins de randonnée, ils sont tellement embourbés qu’ils en sont impraticables… parfois même à pied aussi. Nous avons testé pour vous !

Malgré tout, certains itinéraires lovés au creux des péninsules ou à travers la lande du Connemara sont de vrais petits bijoux.

Ce qu’on a voulu retenir…

> Les Irlandais se servent de la tourbe comme combustible. Les tourbières se sont formées pendant des millénaires sur d’anciens lacs asséchés. Elles proviennent de la décomposition de roseaux et de joncs sur lesquels se développent des mousses et des sphaignes. Le climat de l’Irlande est particulièrement propice au développement des tourbières, même si l’exploitation qu’en fait les Irlandais diminue considérablement les réserves.  Lorsque vous pédalez dans l’Ouest,  il n’est pas rare de voir des pavés de tourbe découpés dans les champs, entrain de sécher à l’air libre. Une fois secs, ils sont brûlés comme des bûches dans la cheminée.

Ile d'Inishmore - Archipel des îles d'Aran au large de Galway.

> Sur les îles d’Aran, ce ne sont que roches et calcaire… Et pourtant, des paysans pêcheurs s’y installèrent il y a des siècles. Pour pouvoir cultiver quelques pommes de terre, ils creusèrent des sillons dans la roche afin d’y enfouir des algues et du sable. Une fois décomposé, le mélange devint de l’humus, protégé des vents de l’Atlantique par nombre de petits murets. Ainsi, les îles d’Aran passèrent du gris aride à quelques touches de vert plus fertile  ;-)

> Les pulls irlandais ont une réputation qui dépasse les frontières de l’île. En grosse laine écrue, torsadés, ils avaient à l’origine surtout vocation à tenir chaud aux marins en mer… Ils se transmet-taient de génération en génération. Sur les îles d’Aran (encore elles) chaque famille de pêcheurs tricotait son propre motif. Non par coquetterie mais pour pouvoir identifier les noyés ramenés sur les rivages… Bienvenue en Irlande !

Baie de Bantry... par temps clair.

> L’Irlande aurait pu devenir indépendante en 1796… grâce à l’aide des Français mais la mer en a décidé autrement. Alors que 45 bateaux français étaient venus à la rescousse des irlandais pour battre les anglais – dont Surcouf, le célèbre corsaire malouin – une violente tempête secoua la flotte au sud de l’Irlande et les dispersa. Seule une quinzaine de navires réussirent à atteindre la baie de Bantry, point de ralliement… mais sans le capitaine Hoche. Sans commandement, les bateaux ont fait demi-tour, scellant ainsi le destin de l’Irlande. Qui sait ? Si le temps avait été plus clément, cela aurait peut-être épargné aux irlandais 200 ans d’affrontements et de déchirures supplémentaires avec les anglais ?

Ile de Valentia - Région du Kerry.

> Le point d’Europe le plus proche de l’Amérique du nord est l’île de Valentia, à la pointe Sud Ouest de l’Irlande dans le Kerry. C’est de ce point que la première ligne de télégraphe sous-marin a été tirée. C’était en 1858, le continent américain et européen était désormais relié. A l’ère des téléphones portables, plus 150 ans plus tard, l’exploit perd de sa superbe, et pourtant pour l’époque, c’était une belle prouesse technologique !

Des milliers d'Irlandais prirent le bateau direction l'Amerique.

> Les années 1845-48 ont marqué l’Irlande à jamais. 3 années consécutives de Mildiou ont détruit les récoltes de pommes de terre et plongé dans la famine des milliers d’Irlandais. Les épidémies de choléra, le typhus, la dysenterie, le scorbut achevèrent le tableau. Cet épisode sombre de l’histoire de l’île décima 1 million d’irlandais, souvent retrouvés dans les fossés, de l’herbe dans la bouche… Des milliers d’autres pour s’en sortir, émigrèrent aux Etats-Unis sur des bateaux rapidement surnommés « coffin boats » (bateaux cercueils), tant le taux de mortalité y était aussi élevé… Quant à l’arrivée sur le sol américain, on était loin de l’eldorado, les irlandais majoritairement campagnards, se retrouvaient en ville dans des conditions insalubres. Cela viendrait donc de là ce caractère irlandais si trempé, dur au mal, plein de courage et de volonté ?

On reste bouche-bée devant les chiffres vertigineux : En 10 ans, la population de l’Irlande passa de 8,5 millions à 6 millions !

Campagne irlandaise - région du Burren.

Début 1 900, les irlandais n’étaient plus que 4 millions… la population s’était vidée de moitié. Et cette hémorragie de bras et de cerveaux dura encore jusqu’aux années 1970, devant les faibles perspectives de déve-loppement offertes sur l’île. On compte d’ail-leurs près de 20 millions d’américains d’origine irlandaise !

D’où viennent les petits murets d’Irlande ? … de la grande famine… Que faisaient d’ailleurs les anglais pendant cette période ? Car les irlandais étaient bel et bien sous le joug des anglais. Les chiffres sont implacables : lorsqu’1 bateau anglais accostait en Irlande plein de vivres pour les survivants, 6 autres repartaient de l’île chargés de céréales à destination du marché anglais. Le commerce a ses lois… comme l’Angleterre ses principes… Nombre de députés à la Chambre des Communes, régissant l’Angleterre et l’Irlande, mettaient en avant la nécessité de « laisser l’Irlande à l’action des causes naturelles, afin de ne pas inciter un peuple indolent à vivre de la charité publique ».

Heureusement, certains autres plus inquiets firent voter une loi autorisant sur l’île la distribution de soupes populaires… et il fût mis en place des travaux d’utilité publique pour permettre aux ouvriers agricoles au chômage et aux paysans ruinés de gagner quelques sous. C’est ainsi que l’on vit naître, surtout dans l’Ouest de l’Irlande, ces fameux petits murets pour quelques pences par jour… Le job consistait à ramasser les pierres dans les champs pour les aligner sur les bas-côtés. Comment ?!? Ce paysage si particulier qui fait la 1ère de couv’ de tous les livres sur l’Irlande vient de là ?! Si vous pédalez du côté de Cong, entre les lacs de Mask et de Corrib, vous pourrez jeter un œil au « canal sans eau »… Une des « œuvres » réalisées dans le cadre de ces travaux d’utilité publique. 5 ans à creuser dans une roche dure pour 4 pence par jour et …7 km pour réaliser la jonction. Le jour de l’inauguration, l’eau ne parvint jamais d’un lac à l’autre : le sol trop poreux absorba le tout, réduisant à néant les années de labeur des ouvriers irlandais. Ça laisse perplexe…

Plage de Ballinskelligs - Région du Kerry.

> Mais au fait, pourquoi les anglais et les irlandais se déchirent depuis près de 500 ans ? Vaste sujet …épineux de surcroît ! Grosso modo, après quelques siècles sous le joug des vikings scandinaves (voir Carnets de voyage Danemark), les irlandais se retrouvent coincés avec les anglo-normands. Jusqu’au 17ème siècle environ, ça ne se passe pas trop mal : les Comtes irlandais assurent le développement de l’île presque à leur guise. Vers 1600, les choses se gâtent : les Anglais décident d’asseoir une bonne fois pour toute leur pouvoir… Ces Comtes d’Irlande commencent à devenir trop populaires à leurs yeux. Ils mettent donc en place une forte politique de colonisation de l’île en confisquant les terres des catholiques pour les donner à des protestants écossais. On s’en doute, les irlandais n’ont que peu apprécié la méthode et s’organisent alors un mouvement de contestation, des manifestations, des révoltes. Vient donc le temps de la « mise sous cloche » de l’Irlande par les anglais : De nombreuses lois pénales voient le jour destituant les catholiques de leurs droits civiques, interdisant l’enseignement du gaélique, l’achat de terres ou d’un cheval d’une valeur de plus de 5 livres… Parallèlement pour limiter le développement de l’île, les anglais taxent l’export de laine et de produits manufacturés et instaurent un droit de passage en Angleterre. Le climat, loin de s’apaiser bien évidemment ne fait que s’envenimer. De nombreux épisodes sanglants se succèdent pendant des siècles avec leur lot de héros et de martyrs.

Tour de guet sur la route des falaises de Moher.

Finalement, jamais l’Irlande ne réussira à se libérer réellement du joug anglais. En décembre 1921, après la guerre d’indépendance, les anglais acceptent la création d’un état libre composé de 26 comtés au sud… mais remettent à plus tard le sort des 6 comtés au Nord à majorité protestante…  Le transitoire est encore en place aujourd’hui. Nombre d’opposants au traité ont continué la lutte sanglante avec pour objectif d’obtenir le plus rapidement possible cette réuni-fication. Ce n’est que récemment en 1948, que l’Irlande du Sud devient officiellement la république d’Irlande… sans le nord mais avec toujours l’espoir de le récupérer, comme indiqué dans le traité de 1921. Jusqu’à l’aube des années 2000, l’actualité nous a régulièrement rappelé que dans un coin de l’Europe, au milieu de la mer, un peuple a toutes les peines du monde à refermer cette blessure vieille de 500 ans.

>  L’Irlande est à l’origine du mot « boycott » … Pour s’opposer aux expulsions des paysans ruinés de l’Ouest et obtenir une réforme agraire plus équitable pour les Irlandais, Charles Parnell et Michael Davitt organisèrent une lutte originale dans les années 1880 : Ils mettaient en quarantaine tous les régisseurs de propriétaires anglais (la plupart du temps absents) qui osaient récupérer des terres d’expulsés. Plus de livraison de produits, plus d’échanges, plus de contacts, une isolation pure et dure. Le premier à être victime de cette stratégie pacifique mais non moins efficace fût le régisseur Charles Boycott. Son nom fait désormais partie du langage courant… bien malgré lui !

Campagne irlandaise

Quant au mouvement initié, il permit effec-tivement une réforme avec une meilleure redistribution des terres grâce à l’action de Davitt & Parnell. Ce dernier n’en était d’ail-leurs pas à son coup d’essai en matière de « tactique originale » puisque, Député au parlement britannique, cet avocat était passé maître dans l’art de l’obstruction des débats : profitant du fait qu’il était interdit d’interrompre un orateur, Parnell et les autres parlementaires irlandais se mettaient à lire à la tribune pendant des heures des chapitres entiers de la Bible !

Nos coups de cœur en photos

Le charme brut d'Inishmore.

Les îles d’Aran, on sait quand on y accoste, mais jamais quand on en part… Ces 3 îles au large des falaises de Moher, sont plantées dans l’océan Atlantique plein Ouest, face aux embruns, aux tempêtes, aux vents hurlants. Le bateau du retour dépend de la clémence du temps : notre retour sur Doolin fût épique, les déferlantes grossissaient au fur et à mesure que l’on approchait de la côte et que le vent prenait de la force.
 

La skyroad - région de Clifden.

La skyroad est une route suspendue au dessus de la baie de Clifden dans le Connemara, survolant les bruyères et les repères de contrebandiers. C’est un régal des yeux, cela vaut le coup de pédale.
 

Le câble de Dursey Island et ses pylônes face au vent.

Le cable-car (téléphérique) de Dursey Island vous attend à la pointe de la péninsule de Beara… tout au bout de la route… au bout du bout du monde. Quelques poignées d’Irlandais vivent encore là, par je ne sais quelle volonté. Tout est balayé par les vents et on est à des kilomètres du 1er village. 2 câbles tendus au dessus d’un chenal tourmenté par de puissants courants marins et une vieille cabine de 6 places qui ressemble à une grande caisse à savon usée. Quand ce n’est pas des autochtones ou des touristes, la cabine transporte les vaches et moutons entre le continent et l’île isolée. La cabine a été construite en 1969, alternative à l’embarcadère trop dépendant des caprices de la mer. A l’intérieur, les habitants de l’île ont punaisé une prière remettant leur vie dans les mains de Dieu… Ajoutez ce jour-là un vent force 10… et ça met dans l’ambiance. Un souvenir mémorable !
 

Le Burren, c’est cette région logée entre Connemara et Shannon. C’est une alternance de blocs de calcaire et de petits murets gris, entrecoupés de champs de verdure. Et quelquefois (malheureusement pas là sur la photo) on tombe sur quelques touches florales du plus bel effet : le jaune des fleurs sauvages, le rose des géraniums sanguins, le bleu des gentianes.
 

Du côté de Portmagee.

Le Kerry et ses côtes…

Région du Kerry - Quand on s'enfonce vers l'intérieur des terres.

… ses montagnes russes, ses petites routes campagnardes tortueuses, ses panneaux en gaélique, ses pentes diaboliques.
 

Ballagisheen Pass, sur son promontoire de vert. C’est un col pentu, qui fait le guet dans les tourbières et les forêts de sapins au centre du Kerry. D’un côté, il surveille le lough Caragh, paradis des pêcheurs de rivières, de l’autre il regarde au loin la mer, cachée par les nuages.
 

La péninsule de Sheep’s head et son sentier de chèvre, étroit, qui serpente sur la côte nord, monte, descend, plonge vers la mer, remonte dans les fougères. A faire en vélo, résolument.

 

Notre météo

14°C parfois 12 °C. Presque 3 semaines de pluie non stop en plein mois d’août et une tempête violente essuyée face aux îles d’Aran. En fait, en Irlande, il pleut entre deux « grains »…

Mieux vaut donc ne pas aller en Irlande pour rechercher le soleil. Par contre,  quand ce dernier fait des apparitions (toujours courtes), il éblouit le paysage, l’aspergeant de vert intense, de bleu profond, de violet pourpre ! Et pour nous consoler de partir trop tôt, il nous laisse souvent 1 ou 2 arcs-en-ciel, comme un signe de la main pour saluer le panorama. Alors si vous souhaitez pédaler en Irlande, le mieux est de prévoir k-way, ciré, coupe-vent, bottes, bâches et casque imperméable !

Stop ou encore ?

Mille fois encore !! L’Irlande nous a envoûté, même humide, même ventée. Pour moi qui aime la nature à l’état brut et la mer dans tous ses états, l’Irlande est un concentré de sensations fortes : les petits villages de pêcheurs, les visages burinés, les falaises frappées par les vagues, les chemins côtiers balayés par les vents, l’accent irlandais à couper au couteau… Mille fois encore !

Un pays que l’on n’a fait qu’effleurer. Nous projetons d’y revenir lorsque les enfants seront tous en âge de bien pédaler et de rentrer dans les pubs, afin de profiter des légendaires soirées irlandaises : Voir la presqu’île de Dingle, explorer le fin fond du Connemara et continuer vers l’Irlande du Nord sur la côte Ouest, face au vent.

Comment y sommes nous allés ?

En voiture jusqu’en Bretagne. Embarquement à Roskoff, en fin d’après-midi, à bord d’un Car Ferry.

1 nuit sur le bateau (réservation de sièges, couchage spartiate improvisé par terre à même le sol) – Arrivée le lendemain à 11h à Rosslare sur la côte Est.

Retour : Départ de Rosslare avec arrivée sur Cherbourg.

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